Gérer son stress : pourquoi sommes-nous parfois si pressés ?

Dans le premier article du Coin lecture, je vous parlais de ce fameux mode urgence dans lequel nous pouvons parfois fonctionner sans même nous en rendre compte.
Faire la vaisselle rapidement. Prendre sa douche comme une tâche à expédier. Répondre immédiatement à un message. Marcher vite dans la maison alors que personne ne nous attend vraiment.
Et puis une question était restée en suspens : Pourquoi sommes-nous parfois si pressés alors que rien ne presse ?
Il n’existe probablement pas une seule réponse.
Notre rapport au temps se construit au fil de notre histoire, de nos habitudes, de notre environnement, de nos contraintes… mais aussi de ce que nous avons appris à considérer comme normal.
Et parfois, sans même nous en apercevoir, nous finissons par fonctionner sur des chemins que nous connaissons tellement bien que nous ne pensons même plus à regarder s’il en existe d’autres.
Du « dépêche-toi » à nos propres automatismes
Lorsque nous sommes enfants, une grande partie de notre quotidien est organisée par les adultes qui nous entourent. Il faut mettre ses chaussures pour partir. Terminer son petit-déjeuner. Être à l’heure à l’école ou à la crèche. Se préparer pour l’activité suivante.
Et dans la réalité de journées déjà bien remplies, les phrases peuvent rapidement s’enchaîner :
« Dépêche-toi. »« On n’a pas le temps. »« Allez, vite, il faut partir. »
Il ne s’agit pas ici de pointer du doigt les parents. Eux aussi vivent avec leurs horaires, leur travail, leurs obligations et tout ce qu’ils doivent réussir à faire tenir dans une seule journée.

C’est davantage tout un rythme de vie que nous apprenons progressivement. À force de répétition, certaines manières de fonctionner peuvent devenir familières. Nous pouvons finir par penser que faire vite signifie faire bien. Qu’il faut répondre immédiatement. Qu’une journée réussie est une journée bien remplie. Que prendre son temps revient à procrastiner. Ou encore que s’accorder du temps pour soi est égoïste. Et parfois, personne ne nous le dit même plus. Le « dépêche-toi » est devenu intérieur.
Se dépêcher n’est pas forcément un problème
Pour autant, il ne s’agit pas de faire de la lenteur une nouvelle règle. Il existe des moments où nous avons réellement besoin d’aller vite. Nous pouvons être en retard. Avoir un horaire à respecter. Devoir réagir à un imprévu.
Et parfois même, nous nous dépêchons simplement parce que nous sommes heureux de nous rendre quelque part. L’activation que nous ressentons peut alors nous aider à nous concentrer, à hiérarchiser les informations et à aller à l’essentiel.
De mon côté, lorsque ce stress reste gérable, j’ai presque l’impression qu’une petite checklist apparaît dans ma tête. Je sais ce que je dois prendre, dans quel ordre faire les choses et ce qui est vraiment important. Mon corps est activé, mais mon esprit reste clair.
Le problème apparaît plutôt lorsque le stress commence à prendre toute la place. Le cœur s’accélère davantage. Le corps peut devenir plus tendu. La chaleur, la transpiration ou une sensation de malaise peuvent apparaître. Et parfois, les sensations corporelles deviennent tellement présentes qu’elles prennent le dessus sur notre capacité à réfléchir. Nous ne sommes alors plus vraiment aidés par notre activation. Nous commençons à la subir.
Est-ce réellement urgent ?
C’est souvent dans ces moments-là que j’essaie de m’arrêter quelques instants. Pas forcément longtemps. Quelques secondes peuvent déjà permettre de refaire le point.
Je reviens à l’endroit où je me trouve, à mon corps, à ma respiration, à ce que je suis réellement en train de faire. Et je peux me poser quelques questions simples :
Est-ce qu’il y a véritablement une urgence ? Qu’est-ce qui doit réellement être fait maintenant ? Qu’est-ce qui peut attendre ? Est-ce que mon rythme m’aide encore ou est-ce qu’il commence à me désorganiser ? Quelle est simplement la prochaine chose à faire ?
Parfois, prendre quelques instants donne l’impression de « perdre du temps ». Pourtant, lorsque nous sommes tellement stressés que nous oublions nos affaires, que nous nous éparpillons ou que nous agissons sans réfléchir, continuer à toute vitesse ne nous en fait pas nécessairement gagner.
S’arrêter quelques instants peut simplement nous permettre de repartir avec davantage de clarté.
Quand un message devient une urgence

J’ai longtemps eu un automatisme très simple. Mon téléphone sonnait, je répondais presque immédiatement. Comme si l’arrivée d’un message signifiait automatiquement que quelqu’un attendait quelque chose de moi maintenant.
Derrière ce comportement, il y avait aussi une représentation : si la personne voyait que j’avais lu son message sans lui répondre, peut-être penserait-elle que je n’étais pas disponible pour elle, que je n’étais pas assez attentive… voire que je n’étais pas une bonne amie.
Et puis j’ai commencé à remarquer autre chose. À force de répondre rapidement, il m’arrivait aussi de répondre trop rapidement. Ma réponse était parfois moins réfléchie, moins ajustée à ce que la personne venait réellement de me confier.
J’ai donc commencé à m’autoriser quelque chose qui me semblait étrange au départ :
ne pas répondre tout de suite.
Parfois, simplement dire : « J’ai besoin de réfléchir à ce que tu viens de me dire. Je te répondrai un peu plus tard. »
Au début, c’était inconfortable. Puis j’ai découvert que prendre mon temps ne faisait pas de moi quelqu’un de moins attentionné. Au contraire. Lorsque je répondais, j’étais plus disponible, plus présente et davantage en accord avec ce que je voulais réellement transmettre.
Aujourd’hui, lorsque mon téléphone sonne, je ne me précipite plus systématiquement vers lui comme s’il s’agissait d’un signal d’alarme. Le signal est le même.
C’est la réponse que j’y apporte qui a changé.
Faire un pas de côté

C’est ici que j’aime utiliser l’image d’un chemin. Imaginez que vous empruntiez le même sentier depuis des années. À force de passer au même endroit, le chemin est devenu évident. Vous n’avez presque plus besoin de réfléchir pour le suivre.
Puis un jour, vous faites un pas de côté. Vous apercevez un autre passage. Au début, il est moins confortable. Vous connaissez moins bien le terrain. Vous devez regarder où vous posez les pieds. Peut-être avez-vous même envie de retourner rapidement vers le sentier que vous connaissez déjà. Et c’est normal.
Créer une nouvelle manière de fonctionner ne signifie pas que l’ancienne disparaît immédiatement. Nous pouvons emprunter le nouveau chemin puis revenir momentanément sur l’ancien. Ce n’est pas parce que l’on fait un pas en arrière que l’on ne pourra pas en refaire deux en avant.
Et puis, un automatisme n’est pas forcément mauvais. Il peut avoir été utile, adapté à une période de notre vie, ou simplement appris dans un contexte particulier. La question n’est donc pas forcément : « Comment me débarrasser de mes mauvaises habitudes ? », mais plutôt : Est-ce que cette façon de fonctionner m’aide encore aujourd’hui ?
Avec le temps et la répétition, le paysage peut simplement devenir plus vaste. Il n’existe plus un seul chemin automatique. Plusieurs embranchements deviennent possibles..
Mais pourquoi une nouvelle façon de faire peut-elle, avec le temps, devenir elle aussi plus familière ? C’est ici qu’une notion devient intéressante : la neuroplasticité.
Et la neuroplasticité dans tout ça ?
Notre cerveau conserve tout au long de la vie la capacité de se modifier au fil de nos expériences et de nos apprentissages. Cette capacité fait partie de ce que l’on appelle la neuroplasticité.
Cela ne signifie pas qu’il suffit de décider de changer pour effacer immédiatement des années d’habitudes. Et il n’existe pas non plus de délai universel au bout duquel une nouvelle habitude serait définitivement installée. Certaines choses deviennent familières rapidement. D’autres demandent davantage de temps. Mais cette capacité d’apprentissage nous rappelle quelque chose d’essentiel : ce qui nous est familier n’est pas nécessairement immuable.
Nous pouvons expérimenter autre chose, puis le répéter, observer ce que cela produit. Et progressivement découvrir si cette nouvelle façon de faire nous correspond davantage.
Pour moi, le changement tient d’ailleurs beaucoup mieux lorsqu’il a du sens. Il ne s’agit pas de remplacer une règle par une autre. Il s’agit de pouvoir se demander : Est-ce que cette façon de vivre correspond réellement à mes valeurs ?

Gérer son stress avec la sophrologie : créer un espace pour s’écouter
C’est probablement l’une des choses les plus importantes que la sophrologie m’a apportées. Elle m’a appris à m’écouter. À revenir vers mon corps, vers mes sensations, vers ce que je suis réellement en train de vivre. Mais surtout, elle m’a offert des moments dans lesquels je pouvais me redonner de la place.
Une séance de sophrologie est aussi cela : un temps que l’on prend pour soi et que personne ne peut prendre à notre place. Gérer son stress peut aussi commencer par là : prendre le temps de revenir à soi, d’observer ce que l’on ressent et de retrouver un peu plus de clarté.
Lorsque l’on ralentit suffisamment pour percevoir ce qui se passe en nous, certaines
questions peuvent commencer à apparaître.
Est-ce réellement ce que je veux ?
Est-ce que cette façon de faire me correspond ?
Est-ce que je prends cette décision parce qu’elle me semble juste ou parce que j’essaie de répondre à ce que l’on attend de moi ?

Les personnes qui nous entourent peuvent évidemment nous conseiller. Mais leurs réponses passent nécessairement par leur propre histoire, leurs propres valeurs, leurs propres possibilités. Ce qui serait juste pour elles ne l’est pas forcément pour nous.
La sophrologie ne donne donc pas une réponse toute faite. Elle peut plutôt créer un espace suffisamment calme pour que nous puissions entendre davantage la nôtre. Et parfois, cela revient simplement à s’autoriser à faire les choses autrement plutôt que reproduire systématiquement ce que nous avons appris.
Quand notre changement dérange les autres
Faire un pas de côté peut cependant avoir une conséquence à laquelle nous ne pensons pas toujours : les autres le remarquent.
Lorsque nous avons toujours été la personne qui répond immédiatement, qui dit oui, qui est disponible ou qui s’adapte, notre entourage finit lui aussi par intégrer cette manière de fonctionner.
Alors lorsque quelque chose change, les réactions peuvent apparaître :
« Tu as changé. »
« Avant, tu répondais tout de suite. »
« Tu n’étais pas comme ça avant. »
Et peut-être est-ce vrai. Nous changeons. Cela peut être déroutant pour quelqu’un qui avait construit certains repères autour de notre ancienne façon d’être. Nous pouvons entendre cet inconfort sans forcément renoncer immédiatement à notre changement. Nous pouvons expliquer que nous avons besoin de davantage de temps, que nous essayons une autre façon de fonctionner ou que nous cherchons simplement un équilibre qui nous corresponde mieux. Nous n’avons pas pour autant à nous justifier à chaque instant.
Changer ne fait pas nécessairement de nous quelqu’un de moins présent pour les autres. Parfois, être un peu moins disponible immédiatement permet justement d’être davantage disponible lorsque nous choisissons réellement de l’être. Et peut-être aussi un peu plus nous-mêmes.
Une petite expérience : changez de place
Pour terminer, je vous propose quelque chose de très simple. Pas besoin de bouleverser votre quotidien. Pour observer un automatisme, nul besoin de commencer par quelque chose de difficile, on peut simplement déplacer un repère très ordinaire.

Ce soir, si vous vous asseyez toujours au même endroit pour manger, changez simplement de place. Choisissez une autre chaise. Puis observez.
Est-ce étrange ? Avez-vous spontanément envie de retourner à votre place habituelle ? Votre regard sur la pièce est-il différent ? Est-ce que quelqu’un autour de vous réagit ? Et surtout : qu’est-ce que cela vous fait, à vous ?
Il ne s’agit évidemment pas de changer de chaise pour « reprogrammer son cerveau ». Il s’agit simplement de découvrir ce qui se passe lorsque nous déplaçons un automatisme minuscule. De faire, pendant quelques instants, un petit pas de côté. Puis peut-être de regarder autour de nous et de nous demander : Quels autres chemins n’ai-je simplement pas encore essayé d’emprunter ? Parce que parfois, changer ne commence pas par une grande décision.
Cela commence simplement par la découverte qu’un autre chemin est possible.



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